L'arène comme atelier
- lormagazine
- 10 juin
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L'arène comme atelier ; quand les artistes succombent à la fascination tauromachique
Il y a dans la corrida quelque chose qui résiste à l'indifférence. Une violence solennelle, une grâce suspendue entre deux battements de cœur, une lumière de fin d'après-midi qui dore le sable comme une toile de maître. Depuis des siècles, peintres, sculpteurs, photographes et poètes reviennent à cet espace circulaire comme à une source inépuisable non pas pour prendre parti, mais pour voir.
Goya fut peut-être le premier à en saisir toute la charge sombre. Sa série de gravures La Tauromaquia, publiée en 1816, ne célèbre ni ne condamne : elle documente, elle fascine, elle tremble. Ce tremblement-là n'a pas cessé depuis. Picasso, enfant de Málaga bercé par le rugissement des gradins, passera toute sa vie à tourner autour de la figure du taureau animal primordial, symbole du désir et de la destruction, alter ego silencieux du Minotaure qu'il peindra inlassablement. Pour lui, l'arène n'est pas un spectacle, c'est un état du monde.
Ce qui attire les créateurs dans cet univers n'est pas la mort en soi, mais la conscience aiguë qu'elle génère. Dans une société qui maquille, qui anesthésie, qui virtualise le réel, l'arène impose une confrontation nue avec le vivant. Le torero debout face à la charge, ce n'est pas de la brutalité c'est une métaphore mise en chair, en lumière, en couleur. La cape rouge qui virevolte dit quelque chose que les mots peinent à formuler : que la beauté naît précisément là où le danger est vrai.
Les artistes contemporains, loin de fuir cette ambivalence, s'en nourrissent. Certains, comme Stéphane Parys, peignent la Camargue et ses arènes avec la même ferveur sensuelle les ocres brûlés, les bleus intenses, les silhouettes dressées dans une lumière méridionale qui semble vouloir tout figer avant que cela disparaisse. Car c'est peut-être là le cœur du mystère : la tauromachie contraint le regard à durer. Elle interdit le détournement. Elle oblige à regarder en face ce que nous sommes des êtres mortels, capables de transformer ce fait brutal en cérémonie, en rythme, en art.
Un art qui ne divise pas ceux qui voient vraiment. Un art qui dit, en couleurs vives sur le sable clair : la vie est là, intense et brève, et elle mérite qu'on la regarde jusqu'au bout.


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